Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn : critique Squad
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Quatre ans après son apparition dans Suicide Squad, la Harley Quinn incarnée par Margot Robbie est de retour sans Joker, mais avec une bande d'(anti)héroïnes : Huntress, Black Canary, Cassandra Cain et Renee Montoya. Après le succès monumental de Joker avec Joaquin Phoenix, Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn est un coup de pied arc-en-ciel dans l’univers DC mené par Warner Bros.

HARLEY QUEEN

Harley Quinn n’a jamais été un personnage comme les autres dans l’univers DC. Née non pas dans les comics, mais sur les écrans, comme faire-valoir ultime du Joker pour Batman, la série animée, elle a peu à peu pris son envol jusqu’à défendre une place à part entière, au fil des épisodes et comics, traçant une route peu commune. Qu’elle se retrouve à la tête de son propre film, après avoir été le second couteau et quota mini-short de Suicide Squad, et avoir été liée à au moins deux projets (dont un centré sur elle et le Joker de Jared Leto), est finalement logique.

Parmi les seules survivantes artistiques du film de David Ayer, Margot Robbie mène donc la danse des Birds of Prey, un groupe d'(anti)héroïnes DC né dans les années 90. Et l’équipe débarque dans une phase étrange de cette galaxie au cinéma, entre Aquaman et Shazam! qui ont ralenti l’univers étendu après le désastre Justice LeagueJoker qui a ouvert une brèche inattendue auréolée de succès, et avant Wonder Woman 1984 qui arrive en juin. Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn de Cathy Yan est donc à traverser comme une parenthèse pop et légère, au charme certain, et aux limites évidentes.

photo, Margot RobbieAssurer son avenir et laisser le chaos derrière

DARK-EN-CIEL

Birds of Prey a déjà quelques atouts qui manquent cruellement à bien des productions du genre : du style, de l’ambition visuelle, et un désir manifeste d’habiller et enrober le moindre morceau de décor. La photo est signée Matthew Libatique, notamment connu pour son travail chez Darren Aronofsky (The FountainBlack SwanMother!), mais également passé chez Marvel avec les deux premiers Iron Man ; et ça saute aux yeux.

La palette de couleurs est un plaisir pour la rétine, et toute la mise en scène repose sur ce jeu avec les décors, les costumes, les reflets, les lumières, les ombres, la fumée. D’un club plongé dans l’obscurité à un climax digne d’un film noir embrumé, en passant par les rues qui débordent de poubelles et de béton, Birds of Prey surnage dans la masse de superproductions aux allures de téléfilm. Cathy Yan va souvent trop loin, avec notamment une parenthèse musicale et une scène mouillée qui rappelle les grandes heures de Resident Evil : Afterlife, mais il y a un certain charme dans ce tunnel fluo qui déborde de paillettes, de cris, de ralentis et de coups.

photo, Margot RobbieSortez de la case prison et essayez de ne pas faire un téléfilm

ATOMIC BLONDE & BRUNES

Avec un budget de moins de 100 millions (à la Shazam donc, soit la fourchette basse du genre), Birds of Prey se défend bien côté spectacle. Hormis une exception qui semble à peine assumée à l’écran, il n’y a pas de super-pouvoirs à proprement parler dans l’histoire, et tout repose sur les coups – de pied, de poing, de batte, de maillet ou tout autre accessoire qui passe entre les mains des personnages. Pour tirer la baston vers le haut, Cathy Yan a amené Chad Stahelski, coordinateur de cascades passé réalisateur avec les John Wick, et là encore c’est une plus-value évidente.

Sans atteindre des sommets en termes de vivacité ou virtuosité, les scènes d’action menées par Harley Quinn, Huntress, Black Canary et les autres sont étonnamment claires, souvent amusantes, et parfois inspirées. Au minimum, le découpage est maîtrisé, solide, évitant l’épilepsie habituelle des films de super-héros qui dilue l’impact des chorégraphies. Au mieux, Cathy Yan emballe des moments savoureux, jouant avec un plaisir évident des mouvements et de la souplesse de ses personnages. Les bastons deviennent alors de petites danses absurdes (rien de mieux qu’un nuage de cocaïne pour renforcer les défenses immunitaires), rocambolesques (des rollers, des voitures et une moto), et même un peu violentes (il suffit d’une balle pour que Harley calme un adversaire).

Par ailleurs, la violence cartoonesque amène une petite couleur bienvenue. Après JokerBirds of Prey illustre comment le Rated R (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés aux États-Unis) peut enrichir l’univers DC, et servir son identité. Il y a quelques visages découpés, des jambes brisées, des corps écrasés et une hyène qui bouffe un tibia, et tout ça est traité avec une légèreté réjouissante, sans pour autant être étalé bêtement au premier plan.

photo, Margot Robbie, Mary Elizabeth WinsteadLe club des cinq : next generation

DEADPOULES

Birds of Prey a néanmoins de grosses limites dès sa conception, et pue le bête produit de studio à plusieurs niveaux. La posture punk d’adolescent attardé, servie par une voix off lourdingue et des écritures à l’écran, donne l’impression que le film a été assemblé par une équipe marketing pour un public pubère. La bande originale insupportable, qui inonde la plupart des scènes comme dans une boîte de nuit des enfers, va dans ce sens. Même chose pour la narration, qui use et abuse des flashbacks, pour rembobiner l’action et réunir peu à peu les éléments, comme dans un vain effort pour dynamiser l’intrigue avec des effets dignes des années 90.

Le film court après le cool absolu avec la force du désespoir, et se ringardise instantanément à mesure qu’il avanceDeadpool est passé par là, et Birds of Prey cherche clairement à reproduire cette formule, avec plus de style certes, mais au risque d’être irritant au possible dans ses pires moments. Il n’y a qu’à voir l’épilogue pour s’en convaincre.

photo, Margot Robbie, Ewan McGregorEn rose et noir

Ewan McGregor en Black Mask illustre bien la schizophrénie du film. D’un côté, il cabotine sans avoir l’occasion d’exister au-delà d’une vague menace ni avoir de vrai grand moment – hormis une tentative trop évidente et donc, ratée. De l’autre, il lui suffira de quelques plans et réactions, pour attirer la curiosité ou le rire. Il a d’ailleurs l’une des scènes classiques de méchant les plus amusantes du genre. Et c’est ce second degré, ce recul pas simple à gérer, qui sert le mieux Birds of Prey – lorsque c’est maîtrisé et bien dosé.

Dans ce Margot Robbie show, qui s’amuse en Carrie Bradshaw édition Ex & the CityJurnee Smollett et Mary Elizabeth Winstead tirent leur épingle du jeu. Les deux ont un charisme qui occupe tout l’écran, dans les moments d’action comme dans l’humour – Huntress parle peu, mais a quelques-unes des scènes les plus réussies. L’improbable équipe formée avec Rosie Perez et Ella Jay Basco ne ressemble à rien, et c’est aussi pour ça qu’elle donne envie de la suivre.

photo, Mary Elizabeth WinsteadRamona forever

SUICIDE SQUAT

Et le DCEU dans tout ça ? La prudence est de mise dans Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn, avec quelques maigres clins d’oeil dignes de l’apparition de Superman dans Shazam. Le film se déroule bien après Suicide Squad, pas renié, mais clairement relégué au troisième plan. Et c’est même plus que ça : c’est quasiment un jumeau du film de David Ayer, ou du moins de ce qu’il aurait pu et dû être.

Le mélange entre l’urbain sombre et les néons pop, les personnages instables et explosifs réunis malgré eux, la narration resserrée dans le temps et l’espace, la présentation des héroïnes et leurs traumas… les points communs sont nombreux, comme si une leçon avait été retenue et que tout avait été bâti sur le cadavre d’un film qui a certes été un succès en salles, mais a tellement posé problème que sa suite ressemble à un soft-reboot et s’appelle The Suicide Squad.

photo, Margot RobbieI’m a survivor

Birds of Prey a minimisé les risques avec un budget plus raisonnable (presque deux fois moins que Suicide Squad), moins de personnages, et un opportunisme évident : un film réalisé par une femme, menée par des personnages féminins, qui tourne autour de l’émancipation d’un ancien faire-valoir.

Et si son nouveau départ est traité avec la finesse d’une sitcom dans l’histoire, c’est peut-être parce qu’il raconte autre chose : Harleen Quinzel qui reprend sa vie en main, sans le Joker de Jared Leto, c’est comme l’univers DC entier qui s’affranchit des règles imposées par Marvel pour créer sa propre identité, sans s’en excuser ou y aller à reculons. Pour un résultat à l’image Harley Quinn : mi-charmant, mi-exaspérant.

Affiche

Source : https://www.ecranlarge.com/films/critique/1162156-birds-of-prey-et-la-fantabuleuse-histoire-de-harley-quinn-critique-squad

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